Crédit Photo : DR Couverture du livre "Claude François, un chanteur populaire", aux Editions Alphée et portrait de son auteur, Alain-Guy AkninInterview - Alain-Guy Aknin, auteur de la biographie "Claude François, un chanteur populaire", explique à LCI.fr comment le chanteur a mené sa carrière de main de maître.
A la veille du trentième anniversaire de la disparition de Claude François, de nombreux hommages lui sont consacrés, notamment, ce soir, sur TF1, dans Le Droit de Savoir, à 22 heures 45.
Propos recueillis par Ludmilla INTRAVAIA - le 11/03/2008 - 17h12
LCI.fr : Dans votre livre, vous parlez d'une véritable "approche marketing", dans la manière dont Claude Français à mis en ½uvre sa carrière...
Alain-Guy Aknin, journaliste : Claude François avait un vrai sens du populaire, de ce qui allait plaire à son public et il l'exploitait intelligemment. Déjà, lorsqu'il était chanteur d'orchestre, il répertoriait les chansons qui accrochaient le public. Chez le disquaire, il observait ce que choisissait la clientèle pour connaitre ses goûts. Il était toujours à l'avance sur les artistes de son temps. Ainsi, il se faisait envoyer les enregistrements des hit-parades américains, ce qui à l'époque n'était pas courant.
LCI.fr : Il a également modernisé le magazine Podium...
A.-G. A. : Lorsqu'il a repris le magazine Podium, il a créé un genre nouveau dans la presse pour jeunes, préfigurant la presse people actuelle. Bien sûr, il n'a pas tout inventé car il s'est inspiré des magazines américains, mais il a compris, en interrogeant directement ses fans (par exemple, celles qui attendaient en bas de son immeuble parisien), qu'il fallait aller vers des textes moins sages, de l'insolite, des infos plus intimes, même si, parfois, les reportages étaient inventés de toutes pièces. Le succès de Claude François, c'est un mélange de flair, d'études marketing et de beaucoup de travail.
LCI.fr : C'était un véritable bourreau de travail...
A.-G. A. : Claude François avait une discipline de fer. Il faisait du sport, ne buvait pas, ne fumait pas. Il travaillait presque 24 heures sur 24. Il ne se laissait pas flancher un seul instant. Il était très exigeant envers lui-même et envers les autres. Avec son entourage, il pouvait être esclavagiste.
LCI.fr : Comment se comportait-il avec les Clodettes?
A.-G. A. : Il faisait preuve d'une phénoménale exigence. Il avait bien compris que les Clodettes plairaient au public masculin accompagnant ses admiratrices en concert et qu'elles le mettraient en valeur par leur beauté. Il était donc impossible pour lui que cet écrin ait le moindre défaut. Claude François était excellent danseur qui imaginait lui-même ses chorégraphies. Les Clodettes se devaient d'atteindre sa perfection, ce qui n'était pas facile.
Editions Alphée, 220 pages, 18,90 euros
LCI.fr : Claude François avait-il la manie du contrôle?
A.-G. A. : Il avait un besoin exacerbé d'être le chef, de dominer et de tout maitriser, jusque dans les moindres détails. Par exemple, il communiquait avec son entourage par des notes de service, enregistrées sur son magnétophone, retranscrites par sa secrétaire et transmises à qui de droit. Ses notes de service pouvaient être assez étonnantes et folkloriques, dans le sens où elles concernaient tout ce qui lui passait par la tête, de la préparation des cuivres pour la session d'enregistrement d'un disque au remplacement d'une plante pourrie dans son bureau.
LCI.fr : Il contrôlait également son image. Est-ce pour cette raison qu'il a longtemps dissimulé l'existence de son second fils, Marc?
A.-G. A. : L'idée que son public féminin se détournerait de lui, s'il apprenait qu'il avait des enfants, était profondément ancrée en lui. Il avait peur de décevoir ses admiratrices, un chanteur devant demeurer totalement disponible pour ses fans. Il craignait, en tant que père de deux enfants, d'avoir l'air d'un homme rangé et de ne plus faire rêver ses fans. N'oublions pas que toute sa carrière était basée sur son public féminin.
LCI.fr : Là encore, Claude François avait bien saisi l'importance commerciale de son noyau de fans...
A.-G. A. : Tout à fait. Il avait besoin de ces fans qui se jetaient à ses pieds, en pleine hystérie. Ces jeunes filles totalement acquises à sa cause étaient son fond de commerce. Tout d'abord, il a assez intelligemment créé son image de garçon élégant de sa personne, bien propre et bien coiffé. Ensuite, il a distillé en douceur, dans ses interviews, qu'il appréciait les jeunes filles, en une sorte de marketing viral avant l'heure. Il a ainsi créé un noyau de fans dont il a entretenu la ferveur, au fur et à mesure. S'il n'y avait pas de minettes qui l'attendaient, en bas de son appartement, il était désespéré, tant il avait besoin d'être adulé et rassuré sur sa capacité à plaire. Claude François était un grand angoissé, inquiet à l'idée de ne pas réussir, à celle de mourir. Le destin lui a donné prématurément raison et le mythe de cet artiste qui aurait mal accepté de vieillir est né.
* Autres lectures sur Claude François:
- Dans l'intimité de Claude François de Christian Morise (son secrétaire particulier pendant 5 ans), aux Editions Pascal Petiot;
- Claude François de Stéphane Weiss, aux Editions Timée;
- Ma vie avec Claude François de Sofia Kiukkonen (mannequin qui a partagé sa vie), aux Editions Pygmalion;
- Claude François, collection privée de Claude et Marc François (ses fils), aux Editions du Marque-Pages;
- Un amour absolu de Sylvie Mathurin (son habilleuse), aux Editions Oh!;
- Claude François, mon frère de Josette François (sa s½ur), aux Editions Hors-Collection.
* Musique:
- Album Claude François, autrement dit chez Mercury/Universal (hommage de la scène française à l'artiste);
- Album Cloclo made in Japan chez Kaze Animation (hommage d'artistes japonais, à découvrir dans notre reportage, en cliquant ici).
* Télévision:
- Le Droit de Savoir Faits Divers, intitulé "Claude François, enquête sur la face cachée d'une idole", tente de décrypter la personnalité de cet artiste hors du commun, à 22 heures 45, le mardi 4 mars, sur TF1;
- Le samedi 15 mars, Flavie Flament fait renaitre en musique et en images la "Génération Cloclo", à 20 heures 50, sur TF1.
* Spectacle:
Franck D'Auria, sosie de Claude François, se produit au Moulin de Dannemois, lors de la journée d'hommage au chanteur disparu, le mardi 11 mars (site du moulin: www.moulin-de-dannemois.com).